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Lorsqu'il n'est plus d'autre choix pour la vérité que d'être fille de "petite vertu"

Comme une fille de petite vertu Elle arpentait le trottoir du Cimetière, Aguichant les hommes en troussant Un peu plus haut qu'il n'est décent Son suaire son suaire (G. Brassens, chanson « Oncle Archibald », in Je me suis fait tout petit , 1956)    1896    Gérôme, "La vérité sortant du puits armée de son martinet pour châtier l'humanité" Notre époque en sait apparemment beaucoup trop pour pouvoir encore croire à une épistémologie ambitieuse (pour ne pas dire divine) des vertus, c'est-à-dire à une épistémologie des croyances garanties sur l'excellence et la parfaite moralité des personnes qui croient quelque chose (cf. ma note récente sur le sujet ). Mais elle en sait également assez pour ne pas totalement désespérer de l'idée qu'il y a bien en ce monde tout de même de la vérité à atteindre et à connaître, et donc aussi une forme d'épistémologie correspondante, même si le type d'épistémologie auquel on peut encore croire à une époque suspic

Notre époque et son point "gorafique"

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    « Tu ne mérites pas qu’on te viole. » Déclaration publique de Jair Bolsonaro (Chef d'état du cinquième plus grand pays de la planète)  On connaissait le point Godwin pour saper une discussion qui dure en substituant aux arguments de la discussion rationnelle des analogies extrêmes sans rapport avec la réalité (le fait, en l'occurrence, d'en venir dans un débat à comparer l'opinion de son vis-à-vis à une opinion nazie) ; il y a désormais, dans le registre très multiforme de l'" extrapolation abusive ", le point "gorafique", celui caractéristique de l'état de confusion et de désarroi extrêmes dans lequel se trouvent aujourd'hui plongées, de façon pour le moins préoccupante, toutes les strates de notre société - à commencer par celles des plus hautes sphères qui ne sont jamais moins aveuglées dans ces cas-là (mais plutôt davantage) que les autres qu'il s'agit de commander et de guider vers ce qui ressemble, hélas, de plus en

L'unité fissurée des vertus. Échange avec M. Pouivet

    « Comme c'est difficile... la vie est bien difficile ! J'ai parfois l'impression qu'il est juste pour nous de suivre nos sentiments les plus forts. Mais aussi, ces sentiments s'opposent continuellement aux liens que notre passé a tissés pour nous... aux liens qui font que les autres dépendent de nous... et cela pourrait les déchirer complètement. Si la vie était tout à fait simple et facile, comme elle l'était peut-être au paradis, et si nous pouvions toujours rencontrer d'abord cette personne particulière pour laquelle... Je veux dire, si la vie ne nous créait pas des devoirs avant que l'amour arrive, l'amour serait le signe que deux personnes doivent s'appartenir. Mais je vois... je sens qu'il n'en est pas ainsi maintenant : il y a des choses auxquelles nous devons renoncer dans la vie ; certains d'entre nous doivent renoncer à l'amour. Bien des choses sont difficiles et obscures pour moi ; mais il en est une que je vois trè

Est-ce que nous ne tirons du monde que l'écho de nos désirs ? Hommage à Philippe Jaccottet

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Jaccottet nous a quittés. Mais son geste, indissociablement éthique et esthétique, ne s'effacera pas de sitôt en moi.  Sa quête de justesse et de "naturel", son idée d'affuter le regard et d'atteindre à une vie naturellement plus simple et plus humaine, témoignent d'un même effort (qui n'a rien de vain) à habiter poétiquement le monde, à tenter d'y frayer un fin passage entre songes et mensonges.  Il fut de ceux, assurément, qui attendaient du geste poétique plus qu'une songerie sans poids, et davantage qu'un écho de ses désirs, soit quelque chose comme un véritable enseignement d'où l'on tire ponctuellement ce petit peu de vérité qui s'offre gracieusement à l'imagination et à la sensibilité des plus avertis. Je crois que, tout comme Musil (qu'il a traduit), il était fasciné par le problème de la vérité lorsque celle-ci n'est justement plus donnée par une règle déterminée mais plutôt par l'exception à cette règle, je